jeudi 1 décembre 2011

Leçon n° 12 Aspects phonétiques et phonologiques


Extraits du livre de Jean Adolphe Rondal "Langage et communication chez les handicapés mentaux".
La parole, ou l'émission de sons et des combinaisons de sons qui servent à construire le langage, n'est pas un phénomène unitaire. Elle comporte plusieurs niveaux mettant en action des structures anatomiques et des mécanismes physiologiques distincts: la soufflerie vocale, la phonation et l'articulation.
La soufflerie vocale
est l'étage situé au dessus du larynx. Pour parler il faut de l'air en provenance des poumons. Cet air est expulsé par l'effet de contractions musculaires abdominales (diaphragme) et costales (muscles intercostaux).
La phonation
est la composante de la parole située au niveau du larynx, le générateur des vibrations sonores. Le larynx comporte un ensemble de membranes, muscles et cartilages indispensables à son fonctionnement. Il est relié au système nerveux périphérique et central. L'articulation fait intervenir les cavités de résonance supra-laryngées que sont le pharynx, le nez, la bouche et les lèvres. Les modifications de volume et de forme de ces cavités permettent de faire varier les propriétés sonores des émissions verbales et d'accroître ainsi le registre expressif. La mise en action de ces niveaux de la parole obéit à une hiérarchisation physiologique : l'articulation implique l'intégrité de la phonation et de la soufflerie vocale, tandis que la phonation implique la participation de la soufflerie vocale. Le rythme de la parole est également une dimension importante à prendre en considération. L'articulation des sons et groupes de sons - la co-articulation - doit se distribuer à l'intérieur des limites temporelles acceptables pour l'auditeur. Toute atteinte d'une des composantes mentionnées ci-dessus détermine une ou plusieurs anomalies de la parole. (...) A cela, il convient d'ajouter les troubles de l'audition bien qu'il soit quelque fois difficile de mesurer l'incidence des déficits auditifs sur la parole.
On voit ainsi se profiler des zones d'action pour le formateur qui après avoir repéré certains dysfonctionnements et les avoir évalués pourra mettre en œuvre une série d'exercices destinés à les corriger en totalité ou en partie. Certains concernant la soufflerie vocale et l'articulation sont assez connus et faciles à mettre en œuvre, ceux destinés à résoudre les problèmes de phonation sont moins connus et nécessitent parfois l'apport de spécialistes. On peut déjà citer les plus simples qui consistent à travailler sur les voyelles orales et nasales (a/an; i/in;o/on, etc.)
Voici quelques exercices empruntés à l'orthophoniste Christine Pointon.

Pour travailler l'initiation de la voix
Afin de faciliter l'initiation de la voix et de réduire la rudesse et l'explosion de l'attaque, on
demande au patient d'expirer par la bouche puis de débuter la phonation du /a/. L'exercice
doit être répété plusieurs fois en réduisant progressivement la longueur de l'expiration et en
augmentant la longueur du /a/ vocalisé. On varie l'exercice en changeant la voyelle.
1 . /........a:......./
2. /......a:......./
3. /....a:......./
4. /..a:......./
5. /a:......./

· Quand le patient a réussi l'exercice précédent, on encourage la même démarche avec différentes constrictives sourdes précédant les voyelles.
1- /s.....a: ;s......i: ;s......u:/
2- /f.....a: ;f......i: ;f......u:/
3- /ch.....a: ;ch......i: ;ch......u:/

Pour le contrôle de la projection et du volume
· bourdonnements : le patient doit produire un /mm ... /, les lèvres fermées (et non serrées)
étant en contact étroit avec la cavité buccale aussi large que possible (les dents ne doivent
pas être serrées).
· Quand le bourdonnement est réussi : on demande au patient d'ajouter une voyelle
vocalisée au bourdonnement.
1. /m...a:.../ ; /m...e:..../ , /m....o :.../;/ m....i:... / ; /m....u:..../
Progressivement, le patient doit réduire la longueur du /m/ et augmenter celle de la
voyelle.
2. /ma:...ma:...ma:.../
/mi:...mi:...mi:.../
3. /ma:...mo:...me:.../
/mi:...mu:...mo:.../
· Contrôle du volume : à partir d'une voyelle tenue, le patient doit suivre les instructions du
thérapeute afin de l'émettre de plus en plus, ou de moins en moins fort.
1. /a:....../
(faible - fort)
2. /a:....../
(fort - faible)
3. /a:....../
(faible - fort - faible)

· Etendre l'étendue en hauteur : il faut encourager le patient à chanter la gamme en montant
et en descendant. Pour cela, il peut utiliser une voyelle ou une combinaison
consonne/voyelle. L'objectif est d'obtenir au moins trois hauteurs différentes :
bas / moyen / haut.
· Les glissements : quand l'étendue en hauteur du patient est établie, on peut utiliser des
exercices de glissements qui couvrent toute cette étendue. Ces exercices annoncent le
travail d'inflexion et de la prosodie. En utilisant une voyelle, on demande au patient de
monter ou de descendre de la façon suivante :
- Glisser de bas en haut
- Glisser de haut en bas
- Glisser du médium vers le haut
- Glisser du médium vers le bas
- Glisser du bas vers le médium
- Glisser du haut vers le médium
- Glisser du haut vers le médium puis vers le haut
- Glisser du médium vers le haut puis vers le médium
- Glisser du bas vers le haut puis vers le médium

Pour lutter contre l'assourdissement des consonnes sonores
On propose au patient de prononcer la consonne en position inter-vocalique et de faire
allonger les voyelles qui l'entourent.
/a :....ba :..../
/a :....da :..../
/a :....ga :..../

2.3 Travail du voile
« L'hypernasalité est définie comme la perception excessive de la résonance au niveau
de la cavité nasale lors de la phonation des voyelles. »

Des exercices mettant l'accent sur une plus grande ouverture de la mâchoire et sur des
mouvements plus importants de la langue et des lèvres peuvent atténuer ces
dysfonctionnements.
Le principal mouvement recherché est l'élévation du voile, pour cela on peut :
· Encourager le patient à bailler ; ce qui facilite l'élévation du voile.
· Faire répéter une série de consonnes nasales, d'occlusives sonores et de voyelles :
Exemple: /mba: mba: mba:/
/nda: nda: nda:/
/nga: nga: nga:/
· Gonfler les joues : le patient doit inspirer profondément puis tenir ses lèvres jointes et
gonfler les joues en maintenant cette position quelques secondes avant de relâcher la
respiration ( pincer les narines si cela peut l'aider à éviter une émission nasale).
· Pour faciliter la coordination des mouvements palato-pharyngés nécessaires pendant la
parole, il est important de conserver la progression suivante dans l'utilisation des phonèmes :
1 - Réaliser des consonnes explosives orales sonores, labiales, alvéolaires puis
vélaires, suivies par une voyelle.
Exemple : /ba da, ga/
2- Réaliser des fricatives orales suivies par une voyelle
Exemple :/fa, sa, a/
3- Réaliser des alternances de consonnes orales et nasales dans des logatomes
puis des mots monosyllabiques.
Exemple : /ba, ma ; ma, ba/
mé, pa ; moi, bon
mon, pon ; mon, bon
non, son ; moi, soi
4- Réaliser des groupes contenant des sons oraux et nasaux dans des syllabes
ou des mots.
Exemple : / sma, smi smo/
snack, snob
asthme, isthme

mardi 18 octobre 2011

Entr'acte : Les trois discours de François


Il ne vous a sans doute pas échappé que François Hollande est devenu depuis dimanche soir le candidat socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, en revanche vous n'avez peut être pas écouté celui-ci après l'annonce des résultats.

Acte I :
Dans les locaux de la rue Solférino devant un parterre de journalistes et de télévisions.
François Hollande, avec un sourire mais plus crispé que d'habitude, se présente devant un pupitre. Il tient à la main quelques feuilles, son discours. Devant les micros, il apparaît tendu, crispé et fait rare chez lui, bute sur quelques mots, en accroche d'autres. La parole est moins fluide. On sent une certaine tension, une certaine fatigue.

Acte II:
Toujours rue de Solférino, dans les locaux du PS mais cette fois-ci sur le perron. Il a été accompagné par Martine Aubry puis par les autres participants à la primaire. Il se lance alors devant les militants socialistes qui soutenaient pour la plupart Martine Aubry, dans un second discours, improvisé celui-là car il n'a plus de feuilles. Le sourire est revenu, les tensions semblent s'être estompées. La parole retrouve sa fluidité, le tribun est de retour. La fatigue a reculé.

Acte III :
A la Maison des Amériques, son Q G de campagne devant les militants socialistes qui l'ont soutenu. Le discours est beaucoup plus long que le premier, agrémenté d'anecdotes, le verbe se fait plus fort, la voix plus claire, l'œil plus vif. Il est en terrain conquis, il se libère, libérant du même coup sa parole. Il s'enflamme, les gestes retrouvent leur allant. La fatigue a disparu, il semble de nouveau plein d'énergie.

Pourquoi cette différence et que nous apporte-t-elle comme enseignements en termes de prise de parole en public?
1 Lire nous enlève toute spontanéité et peut nous faire trébucher car notre niveau de conscience peut être perturbé. On lit un mot et c'est un autre qui survient dans notre esprit.
Dans l'exemple présent " j'y consacrerai toutes mes forces; toute mes mon énergie".

2 La pression, même pour ceux qui en ont l'habitude, entrave la fluidité de la parole. Elle peut être la cause d'accrocs, d'hésitations. Le sourire disparaît, l'énergie semble disparue. Plus question de charisme.

3 Le rapport que vous entretenez avec votre auditoire est important. Plus vous le jugerez proche de vous, conquis, plus vous serez en confiance et spontané. Il pourra vous porter , vous redonner l'énergie qui semblait vous faire défaut. C'est à vous d'établir cette connivence, cette proximité.

http://www.youtube.com/watch?v=Ttun_u-F0FI&feature=relmfu

vendredi 11 février 2011

Entr'acte : George VI l'a fait


A la fin du film "Le discours d'un roi" qui relate un épisode de la vie du roi d'Angleterre George VI, le public, réel de la salle de cinéma, comme les sujets de Sa Majesté, sont soulagés. Il l'a fait. Il a été jusqu'au bout de son discours. Et cela malgré un bégaiement qui l'handicapait depuis son enfance.
Alors si lui, dans les conditions que l'on connaît, a réussi ce tour de passe passe, grâce il est vrai à un orthophoniste douteux, ancien acteur féru de Shakespeare, pourquoi pas vous? La prise de parole de public ne doit pas faire peur au point de vous en détourner. Lancez-vous! Prenez la parole car on ne vous la donnera pas et faîtes entendre votre voix!
A lire certains témoignages de bègues concernant le film de Tom Hooper, certains bien qu'ils ne bégaient pas, se reconnaîtront peut être

Des blogs pour en savoir plus sur le bégaiement et sur le film vus par des bègues.
http://paroledebegue.free.fr/blog/index.php?post/2011/02/03/L-incroyable-effervescence-autour-du-Discours-d-un-roi#c1162
http://goodbye-begaiement.blogspot.com/2011/02/le-discours-dun-roi-le-plus-beau-cadeau.html#more

leçon N°11 Comment éveiller l'attention

Comment captiver son auditoire, susciter l'intérêt des autres, éveiller l'attention du public dès les premiers instants ?
L'entrée en matière d'une intervention est souvent déterminante : elle doit attirer une attention favorable. C'est pourquoi elle mérite d'être travaillée, testée. Il doit s'agir d'un tremplin qui vous propulsera sur le bon chemin de l'argumentation. A l'inverse, une entrée en matière laborieuse sera un handicap souvent difficile à surmonter.
Ne démarrez pas par des généralités mais plutôt par une anecdote, une histoire. En un mot : il vous faut interpeller l'auditoire .

1 Dévoilez votre idée phare
Nous avons tendance à suivre un raisonnement logique qui consiste par exemple à expliquer le contexte puis à dévoiler l'idée nouvelle, or pourquoi ne pas frapper fort d'entrée en donnant la solution d'emblée?
Pour se préparer efficacement, posez-vous la question suivante : comment obtenir l'assentiment de mes interlocuteurs?
Pour cela, ne retenez que des faits qui imposent votre idée phare ou qui s'imposent aux autres. Si vous faîtes des constats, ceux-ci doivent asseoir votre crédibilité. En effet, il ne faut s'engager que sur des faits avérés ou vérifiés.
Mais la plus grande efficacité réside le plus souvent dans la simplicité, allez à l'essentiel, faîtes simple et juste.
Il ne s'agit pas d'emblée d'exposer tous les faits, ne retenez que les faits majeurs au début.
La langue française est riche, pourquoi ne pas s'en servir ? Ainsi vous pouvez recourir aux métaphores sans pour autant en abuser. Faîtes preuve de créativité et éviter les écueils des images éculées, usées. Souvenez-vous de la phrase de Martin Luther King ,I have a dream.

2 Choisissez les mots qui feront mouche

Certains mots ouvrent des portes, d'autres gênent ou peuvent être blessants. Prenez le temps de vous pencher sur tous les mots de votre accroche. Sont-ils porteurs de sens?
L'emploi de certains mots peut libérer, gratifier, frapper l'imagination de votre auditoire. D'autres ont un pouvoir évocateur immense, ne vous trompez pas de mot alors!
Surtout débarrassez votre discours de mots pollueurs comme "un petit peu de ", "je pense que", je voulais dire que", etc.
Ne soyez pas trop littéraire pour autant, la syntaxe à l'oral n'est pas la même qu'à l'écrit et si vous n'avez pas de talent particulier de comédien, votre discours ne sera pas vivant.
Certains mots sont plus mobilisateurs que d'autres. Privilégiez ainsi le "nous" au détriment du "on".
Les modes et les temps ont leur importance à l'oral. Pourquoi employer le conditionnel alors que souvent le présent de l'indicatif est plus approprié. "Je désire" pour "J'aimerais bien", par exemple.

3 Savoir se mettre en scène

Il s'agit ici de préparation personnelle.
- La préparation matérielle : matériel audiovisuel, de votre positionnement face au public
- Représentation et image de soi devant un auditoire
- Comment donner une image positive dès la première prise de parole :
• prendre la parole, oser s'affirmer et garder le contrôle lors de l'intervention
• faire passer les messages
• conserver concentration et maîtrise de soi tout en apparaissant léger et attentif aux autres, à ce qui se passe autour de soi. Ne pas s'isoler dans sa bulle. Toujours garder le contact avec l'auditoire et s'efforcer de maintenir un rapport étroit avec chacun.

Les rythmes et la construction d'une présentation ont également leur importance:
• par quoi commencer et par quoi finir
• dégager l'essentiel
• utiliser les silences et les pauses pour renforcer l'impact d'une présentation

Il peut être également nécessaire de ne formuler qu'une seule idée par phrase selon le schéma suivant :

- Une idée
- Un argument
- Un exemple

Les anecdotes, les histoires, les exemples permettent de faire vivre le discours et de reformuler l’idée sous une forme plus concrète et casser le rythmer la présentation.


mardi 16 novembre 2010

Leçon N° 10 Une question de confort

Le corps comme composante de la communication orale



Le corps en général

Parler assis, debout, devant une table ou le vide n'est pas indifférent à tous.

Il faut avoir conscience de sa position dans l'espace et apprécier celle qui vous sera le plus favorable pour cette communication. La recherche du bien-être doit être votre guide mais il faut savoir faire quelquefois des entorses à la règle car l'image que vous allez donner à votre auditoire n'est pas neutre. N'oubliez jamais qu'avant d'être écoutés nous sommes regardés.

Quand on se sent observé, on prend soudain conscience de notre existence physique et là commence la panique car nous n'avons pas l'habitude de mettre en avant notre corps et nous nous réfugions derrière des mots, des attitudes, des postures...

Nous ne savons plus que faire et nos bras, nos mains qui d'habitude nous accompagnent sans gêne deviennent encombrants à tel point que nous souhaitons les soustraire au regard des autres d'où les mains dans les poches quelquefois, ou les bras croisés.

D'autres vont s'en servir avec excès et verront leurs bras devenir les pales d'un moulin ou leurs mains s'affairer sur un crayon, etc.

La recherche d'un équilibre corporel s'impose donc mais il ne doit pas s'agir d'une décontraction trop proche de la mollesse ni d'un état de contraction trop évident. Ce que l'on doit atteindre c'est un état de décontraction statique disent certains auteurs.

Cet état s'accompagne généralement d'une certaine disponibilité et d'une maîtrise de soi.



Les mouvements

Ni déambulation comme un lion en cage ni prostration telle une statue. Vos gestes doivent être mesurés mais avec une certaine ampleur en évitant au maximum les tics et les gestes parasites.



Le regard



L'importance du regard dans les contacts humains n'est plus à démontrer. Il s'agit souvent de la fonction phatique décrite par Jacobson, qui n'a pour but que la prise de contact avec autrui. Pour démarrer son discours et demander le silence il suffit souvent de regarder son auditoire et ce dernier comprendra le message.

Le regard est l'outil par excellence que l'on utilise à la recherche du feed-back et nous permet de mesurer l'attention des auditeurs.

Mais il ne faut pas oublier certains points:

quand on regarde les autres il faut le faire vraiment, dans les yeux ni au-dessus ni à côté

il faut regarder chacun, car vous devez vous adresser à tous et votre regard doit accrocher celui des autres qu'ils soient deux, dix , mille. Chacun doit se sentir vu.

Le regard ne doit pas être appuyé car vous risquerez de gêner votre interlocuteur ni trop répétitif, n'oubliez pas que vous ne devez pas privilégier un auditeur plus qu'un autre.

C'est avec votre regard et votre sourire que vous pourrez faire naître ce sentiment de connivence entre vous et votre public. Les bons orateurs se doivent d'être crédibles, cohérents, concis mais bon nombre d'entre eux négligent d'instaurer ce rapport plus ou moins étroit avec les autres. Vous ne devez pas considérer votre auditoire comme un public étranger mais au contraire comme un familier.



La voix



Deux politesses de l'orateur :

se faire entendre

se faire comprendre



La voix dépend pour beaucoup de la respiration. Celle-ci est réflexe et doit le rester lorsque vous prenez la parole en public. Si vous faîtes de grandes phrases en annihilant ce réflexe, votre débit s'en ressentira, puis s'installeront fatigue et essoufflement qui entraîneront une respiration bruyante. Ce qui gênera vos interlocuteurs.



Vous devez placer votre voix c'est-à-dire faire en sorte qu'elle ne soit ni gutturale, ce qui vous fatiguera et irritera votre gorge, ni nasale car le son sera nasillard et provoquera une sensation de désagrément chez l'auditoire.

Elle doit se situer dans le masque, que sont les résonateurs de la face.

Votre voix est votre signature sonore. Elle reflète et transmet ce que vous ressentez. L'émotion profonde que vous ressentez sera transmise par votre voix. La joie, l'enthousiasme s'entendront mais la peur, le chagrin également. Il faut qu'il y ait cohérence entre votre voix et le sens des mots et des idées que vous utilisez. Comment parler d'autorité avec une voix trop haute perchée?

Il n'est pas inutile d'échauffer ses cordes vocales quand on n'a pas l'habitude de parler longtemps.

mardi 5 octobre 2010

Leçon N°8: Les gestes peuvent nous enrichir

"Création d'Adam" de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine

Jacques Cosnier, professeur émérite de l'Université Louis-Lumière-Lyon II et chercheur au Laboratoire ICAR, s'intéresse depuis longue date à la communication non verbale. S'il est avéré que la communication non verbale fait partie intégrante du système d'intéraction qui s'instaure entre des individus qui dialoguent, ce chercheur va plus loin et montre le rôle essentiel et particulier des regards, mimiques, expressions faciales, gestes et postures corporelles dans l'accompagnement des paroles.
Pour vous familiariser avec ses propos vous pouvez reprendre à votre compte quelques exercices effectués par Jacques Cosnier et son équipe.
Ainsi vous demanderez à un participant de raconter une histoire à une autre personne située face à lui comme dans une conversation classique, mais le conteur ne pourra se servir que de ses organes phonatoires et devra s'interdire tout mouvement, mimique. Cet exercice est impossible à mener avec la quasi-totalité des individus.
Vous pouvez demander également à un autre participant de rester debout sans bouger tout en n'exprimant aucun affect, puis au bout d'un certain temps de parler de choses sans importance. L'auditoire remarquera aussitôt la mise en mouvement des mains, du corps tout entier et si l'on contrarie ces mouvements on constatera aussitôt un appauvrissement du langage voire une confusion verbale.
La "multicanalité" signifie que les énoncés sont un mélange à proportions variables de verbal et de non verbal (à la fois vocal et mimogestuel). L'intérêt des travaux de Cosnier réside dans sa volonté de définir le statut de la communication non verbale.
Il distingue donc l'activité mimo-gestuelle qui est liée à la constitution de l'énoncé auquel elle s'intègre, à savoir la gestualité déictique ou désignante (c'est celui-ci qui me plaît le plus n'a de sens qu'avec le geste qui l'accompagne).
S'ajoute une gestualité illustrative qui mime l'action, ou figure dans l'espace certaines caractéristiques de l'objet référent. Ces gestes se retrouvent le plus souvent dans des descriptions de lieux. Comment décrire un escalier en colimaçon sans le geste de la main qui s'enroule? Ces gestes montrent à quel point le corps sert de repères spatio-temporels à l'organisation de la pensée et de matrice à la formation du discours. Exemple: le geste autocentré qui accompagne la phrase C'est mon opinion. Souvent les gestes ont double fonction, ils illustrent la pensée ET ils facilitent son énonciation.
Pour en savoir plus voici deux liens :
http://icar.univ-lyon2.fr/membres/jcosnier/publications.htm
http://icar.univ-lyon2.fr/membres/jcosnier/articles/Gestes_du_dialogue_89.mov.MOV

Comme pour les mots, la richesse des gestes varie d'une personne à l'autre. Pour notre leçon, il est important de noter que si l'on travaille son discours, choisit avec soin ses mots, ses supports pédagogiques, on laisse l'improvisation nous guider en ce qui concerne les gestes. Or, c'est un tort. Quoi de plus ennuyeux qu'un poteau télégraphique donnant une conférence ou a contrario un sémaphore discourir devant nous. De même la répétition de certains gestes peuvent lasser l'auditoire, le détourner d'une écoute attentive.
Il est donc important de repérer notre vocabulaire gestuel et vérifier si celui-ci n'est pas trop pauvre. Souvent on va chercher s'il ne comporte pas de parasites, c'est-à-dire des gestes sans significations, détournant l'attention de l'auditoire. Ces gestes que Cosnier nomme extra-communicatifs n'ont pas de fonction explicite dans la communication mais n'apparaissent pas au hasard bien sûr. On trouve parmi eux les gestes d'autocontact qui traduisent le plus souvent un besoin de recentrage, de réassurance (se gratter, se caresser, se tordre les mains, etc.) et qui peuvent témoigner du malaise de la personne.
Mais on a rarement l'ambition d'enrichir notre gestuelle. Seul, sans vidéo, l'entreprise est mal aisée il est vrai. Pourtant il suffit de prendre conscience dans sa vie courante de nos gestes car ce seront souvent les mêmes qui seront mobilisés lors d'une intervention orale. A partir de cette prise de conscience il est plus facile de s'interroger sur la pertinence de certaines mimiques ou de mouvements de mains.
Et pourquoi ne pas s'approprier des gestes que l'on a vu chez d'autres comme on le fait couramment avec les mots. Avec la même précaution évidemment, quel sens donner à celui-ci , quand l'utiliser, quelle ampleur lui accorder, comment le faire sien?
Ainsi on peut s'intéresser aux gestes phatiques destinés à attirer l'attention de l'aute, d'établir le contact, interpeller. Ils sont utiles en début de communication mais on ne doit pas les négliger en cours d'oral. Ils permettent de recadrer l'auditoire qui se disperse, de faire revenir les distraits, etc. La panoplie est riche. A vous de vous forger votre dictionnaire.

mardi 28 septembre 2010

Lapsus (entr'acte) Quand Rachida Dati dit fellation pour inflation

http://www.dailymotion.com/video/xeynin_lapsus-dati-confond-inflation-et-fe_news
Le lapsus est révélateur a-t-on coutume de dire. On peut s'interroger sur le sens de celui-ci. Ce n'est pas notre propos.
Ce qui est intéressant ici réside dans le fait que l'auteur du lapsus ne s'en aperçoit pas. Après s'agit-il d'un accident ou a-t-il valeur de témoin? Peut-on parler de contamination, d'image flottante ou nomade? En effet, bien que sous le seuil de la conscience elle serait suffisamment proche pour s'y introduire (sans jeu de mots).
Alors comment faire me direz-vous pour éviter ce genre de mésaventure? Dans le cas présent je ne sais. Rachida Daty explique ce lapsus par le fait qu'elle ait parlé trop vite. Oui, sans doute mais cette explication est peu satisfaisante. Quand on parle on ne réfléchit pas à chaque moment à ce que l'on va dire et s'il faut tourner sept fois sa langue avant de prononcer la moindre phrase, le temps imparti pour l'orateur sera à coup sûr dépassé et que dire de la lassitude qui s'en suivra parmi l'auditoire.
Il est certain que le manque de préparation, de concentration ou un stress trop conséquent peuvent favoriser ce genre d'incident. Donc s'isoler avant de prendre la parole en public dans le but de se "recentrer" se "rassembler" est conseillé.
Généralement, l'orateur qui est bien préparé, qui connaît parfaitement son sujet, qui est à la fois concentré et suffisamment détendu sera à l'abri de cet incident.
Mais ce risque existera toujours. Il suffit de ne pas se focaliser sur ce type d'erreur et de faire comme notre ex ministre, ne pas s'en apercevoir et en rire lorsqu'on vous le fait remarquer.
Le seul souci c'est que c'est le seul message qui a été repris.